Quartz de synthèse, le dossier complet de MDY
Analyses, décisions de justice et chronologie depuis 2013, telles que MDY les documente.
Ne pas confondre quartz de synthèse et quartzite naturel
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Leur nom est proche, mais leur origine est fondamentalement différente.
Le quartz de synthèse, également désigné dans la littérature scientifique comme « pierre artificielle », « pierre recomposée » ou « engineered stone », est un matériau composite fabriqué industriellement.
Il est fabriqué avec un mélange composé de silice (ou de bauxite) broyée et de résines polyester et/ou acryliques auxquelles sont ajoutés, selon la formulation du fabricant, des pigments, des additifs techniques, des stabilisants (agents anti-UV, retardateur de jaunissement, agents antistatiques, agents rhéologiques, etc.), des catalyseurs, des biocides et des durcisseurs. Le mélange est ensuite compacté puis durci selon un procédé industriel.
Le quartzite naturel est une roche métamorphique extraite en carrière.
Pour mieux comprendre l’aspect et la diversité de cette pierre naturelle, vous pouvez découvrir notre sélection de quartzites naturels ou venir voir nos échantillons et tranches dans nos showrooms.
Le risque sanitaire du quartz de synthèse
Un plan de cuisine fini et une tranche de quartz de synthèse en cours de façonnage ne présentent pas, selon les connaissances scientifiques actuelles, le même danger.
Pour les professionnels qui fabriquent, façonnent et installent les plans de cuisine en quartz de synthèse
Lorsqu’un matériau contenant de la silice cristalline est découpé, percé, meulé, rainuré, poli ou rectifié, ces opérations produisent une poussière extrêmement fine, appelée silice cristalline respirable.
Invisible à l’œil nu, cette poussière peut pénétrer profondément dans les poumons.
L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), dans son avis scientifique n°2015-SA-0236 du 25 avril 2019, établit un lien direct entre l’exposition professionnelle à la silice cristalline et :
- la silicose ;
- le cancer broncho-pulmonaire ;
- la bronchopneumopathie chronique obstructive ;
- l’emphysème ;
- certaines maladies auto-immunes ;
- ainsi que certaines pathologies rénales ou fibroses pulmonaires.
Les fabricants de quartz de synthèse (qui approvisionnent donc les marbreries qui, elles, découpent sur mesure les tranches pour les transformer en plan de cuisine, en table ou en plan vasque) mentionnent eux-mêmes ces dangers dans leurs fiches de données de sécurité.
L'affaire de Vigo, la condamnation d'un fabricant
Sur le plan judiciaire, le 30 janvier 2023, le tribunal pénal de Vigo a rendu la sentence n°35/2023 dans une affaire concernant cinq salariés de la marbrerie Granitel, qui transformait principalement du Silestone (l’une des nombreuses marques de quartz de synthèse) fourni par le groupe Cosentino.
La décision retient notamment que Francisco Martínez Cosentino :
- connaissait au moins depuis l’année 2000 les risques liés à la manipulation du Silestone, plusieurs salariés de son usine d’Almería ayant déjà contracté une silicose ;
- n’avait communiqué aucune information adéquate à Granitel sur ces risques avant 2009 ;
Cette insuffisance d’informations a empêché Granitel de prendre, suffisamment tôt, des mesures adaptées au niveau de risque présenté par le matériau.
Le dirigeant de Cosentino a ainsi été condamné à six mois et trois jours d’emprisonnement.
À noter qu’avant l’audience, Cosentino avait accepté de verser 1,1 million d’euros aux cinq travailleurs à l’initiative de la procédure judiciaire ou à leurs ayants droit. À la suite de ces indemnisations, les intéressés ont renoncé à leurs actions civiles contre le dirigeant concerné, Cosentino SA et son assureur.
Pour aller plus loin, presse et reportages
Retrouvez ici l’article d’El País consacré à l’affaire judiciaire de Vigo
Un reportage de France 3 pour le 19/20 résume assez bien la problématique sanitaire liée à la fabrication puis au façonnage des plans de cuisine en quartz de synthèse.
Un autre, diffusé sur France Inter le 22 septembre 2018 Cuisine : les plans de travail au quartz de synthèse sont-ils toxiques ? | France Inter, évoque également le sujet et pousse la réflexion plus loin en présentant les interrogations sanitaires alors soulevées autour de l’utilisation du quartz de synthèse comme plan de travail.
Le consommateur, ce que les analyses commandées par MDY ont montré
Pour le consommateur qui a un plan de cuisine, une table ou un plan vasque en quartz de synthèse
Nous avons missionné l’IRES, l'Institut de Recherche et d'Expertise Scientifique, basé à Strasbourg, afin d’étudier la composition de plusieurs échantillons.
Sur un premier échantillon, l’IRES a recherché et identifié des composés organiques volatils, des aldéhydes et cétones, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des phtalates et différents éléments inorganiques.
Sur quatre références supplémentaires, le laboratoire a étudié les profils en éléments inorganiques, notamment le cobalt, le baryum, le zinc, le plomb, le cadmium, le cuivre et le nickel.
Les rapports IRES 160620-01 et 170124-01
Dans ses rapports 160620-01 & 170124-01, l’IRES a ainsi notamment identifié :
- 13 composés organiques volatils détectés, dont quatre quantifiés ;
- 9 aldéhydes et cétones, dont quatre quantifiés ;
- 20 composés organiques volatils (COV) ou semi-volatils identifiés qualitativement ;
- 17 hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dont cinq quantifiés ;
- 7 phtalates quantifiés dont le DBP, le DIBP, le DEHP, le DINP ou le DIDP ;
Le DBP, ou phtalate de dibutyle, et le DIBP, ou phtalate de diisobutyle, sont deux substances distinctes appartenant à la famille des phtalates.
Dans l’Union européenne, ils sont classés toxiques pour la reproduction de catégorie 1B et reconnus pour leurs propriétés perturbant le système endocrinien pour la santé humaine. Ils figurent parmi les substances extrêmement préoccupantes au sens du règlement REACH.
- plusieurs éléments inorganiques, notamment du zinc, du baryum, du cobalt, du cadmium, du plomb, du cuivre et du vanadium.
Les substances rapprochées de classifications sanitaires
À la lecture des composants, l’IRES indique dans son rapport que :
- les échantillons testés ne pourraient pas, lors de leur élimination, être considérés comme de simples déchets inertes,
- certaines substances présentent dans les quartz de synthèse sont considérées comme :
- « agent cancérogène pour l’Homme (groupe 1 du CIRC et de l’OMS) : benzène, formaldéhyde, benzo(a)pyrène, cadmium,
- « Agent probablement cancérogène pour l'Homme » (groupe 2A) : dibenzo(a,h)anthracène, plomb,
- « Agent peut-être cancérogène pour l'Homme» (groupe 2B) : Ethylbenzène, Styrène, Cobalt, Vanadium, Acétaldéhyde…
- Ayant un effet de perturbateur endocrinien : Naphtalène, Toluène, Styrène, Acétone, Di-iso-Nonyl-Phtalate, Di-Méthyl-Phtalate, Benzaldéhyde…
La conclusion du rapport 160620-01, sans troncature
Voici la conclusion du rapport 160620-01 de l’IRES, sans troncature ni modification :
« Un nombre important de substances potentiellement dangereuses pour la santé a été mis en évidence dans le matériau soumis à l’essai.
Les COV et les COSV (HAP, phtalates …) sont susceptibles de contaminer l’air ambiant par simple chauffage du matériau. De plus, en raison de sa teneur en cadmium, il ne peut pas être considéré comme un déchet inerte.
En conséquence, il est recommandé :
- de limiter l’utilisation du matériau ;
- de porter des équipements de protection individuels (EPI) adaptés lors de la manipulation et du travail du matériau (découpe) ; »
La conclusion du rapport 170124-01 est quasiment identique.
Les essais de vieillissement du LNE
Le Laboratoire National de métrologie et d’Essais (LNE) a étudié le comportement dans le temps de deux références de quartz de synthèse. Trois tests de vieillissement accéléré ont ainsi été effectués :
- température (afin de reproduire de manière accélérée, sans pour autant arriver à reproduire exactement les contraintes, la pose d’une casserole, poêle ou d’un plat chaud sur le plan de cuisine) : 210 °C pendant 24 heures ;
- rayonnement ultraviolet (afin de reproduire de manière accélérée, sans pour autant arriver à reproduire exactement la contrainte, les effets du soleil sur le plan de cuisine) : exposition pendant 1 000 heures ;
- abrasion (afin de reproduire de manière accélérée, sans pour autant arriver à reproduire exactement les contraintes, les effets causés par la manipulation des casseroles, plats, ou des couverts sur le plan de cuisine) : rayures réalisées avec un peigne en acier sous une charge de 3 kg.
Les 2 échantillons ont ensuite été placés au contact de différents simulants alimentaires afin de rechercher la migration de plusieurs composants.
Les résultats du LNE, migration après vieillissement
- Sur le 1er échantillon testé (objet du rapport P174241 DE/1 du LNE), après vieillissement par abrasion, le LNE :
- a mesuré une migration du DBP (Dibutylphtalate) de 0,72 mg/kg, soit 2,4 fois la limite de migration spécifique applicable de 0,30 mg/kg dans le cas du vieillissement par abrasion.
- a qualifié de « non négligeable » la migration du DIBP après les trois vieillissements.
- Sur le 2ème échantillon testé (objet du rapport P174241 DE/2 du LNE), après vieillissement thermique, le LNE a relevé une migration du DIBP jugée « non négligeable », en plus d’une décoloration de l’échantillon.
En clair, sur l’une des deux références testées, après avoir artificiellement vieilli et rayé le matériau, un phtalate -le DBP- migre au-delà de la limite utilisée par le LNE pour sa comparaison.
Sur la seconde référence, aucune limite applicable n’est dépassée.
Ces résultats constituent un signal concernant le vieillissement des produits testés, mais ils ne permettent pas d’affirmer que tous les quartz de synthèse présentent le même comportement.
Que fait le législateur ?
Espagne : 5 900 déclarations de silicose depuis 2007
Le Ministère espagnol de la santé a recensé 5 900 déclarations de silicose entre 2007 et 2024, dont 520 pour la seule année 2024.
Il attribue 47,8 % des cas principalement à la fabrication et la transformation des agglomérés de quartz utilisés pour les plans de cuisine et de salle de bain.
Retrouvez ici le communiqué du Ministère espagnol de la santé
Retrouvez ici un article de presse détaillant les maux des salariés des fabricants de quartz de synthèse
Australie, une interdiction depuis le 1er juillet 2024
L’Australie interdit depuis le 1er juillet 2024 la fabrication, la fourniture, la transformation et l’installation des plans, panneaux et dalles relevant de sa définition réglementaire de la pierre artificielle (l’ « engineered stone »).
La définition australienne vise notamment les produits contenant au moins 1 % de silice cristalline, fabriqués en associant des matières minérales naturelles à des constituants chimiques, puis durcis.
L’interdiction ne concerne pas les plans déjà installés. Leur réparation, leur modification limitée, leur dépose ou leur élimination restent possibles dans des conditions strictement encadrées.
Retrouvez ici le reportage de la chaine 9 News Australia sur le sujet ou ici la communication du gouvernement australien
Comment l'Australie a écarté un seuil de silice
Dans une analyse publiée en 2025 dans l’International Journal of Social Determinants of Health and Health Services, Catherine Cavalin, chercheuse au CNRS, Alfredo Menéndez-Navarro et Alain Lescoat, professeur de médecine interne et d’immunologie clinique, retracent le processus scientifique, social et réglementaire ayant conduit à l’interdiction australienne de la pierre artificielle.
Les auteurs rappellent que Safe Work Australia avait notamment étudié deux scénarii reposant sur un seuil de 40 % de teneur en silice cristalline :
- l’interdiction des seuls produits atteignant ou dépassant ce seuil,
- leur maintien sous un régime renforcé d’autorisation.
L’autorité australienne a finalement écarté ces solutions intermédiaires, considérant qu’aucun seuil de silice ne pouvait alors être présenté comme scientifiquement dépourvu de risque et que les fabricants n’avaient pas fourni de données suffisantes permettant d’établir l’innocuité des formulations à plus faible teneur.
Californie, un processus réglementaire en cours
En mai 2026, l’autorité californienne compétente a engagé un processus visant à interdire la fabrication et l’installation des produits en pierre artificielle contenant plus de 1 % de silice cristalline.
Une réunion officielle consacrée au projet de réglementation d’urgence s’est tenue le 31 juillet 2026. À la date de mise à jour de cette page, le processus réglementaire est toujours présenté comme étant en cours.
Retrouvez ici :
- le communiqué de la Direction des relations Industrielles de l’Etat de Californie
- le reportage de BFMTV du 15 août 2026 sur les conséquences sanitaires du travail du quartz de synthèse.
Royaume-Uni, plus de 1 000 inspections
En mai 2026, le Health and Safety Executive britannique a considéré la découpe à sec comme inacceptable et a lancé une campagne nationale de plus de 1 000 inspections.
Dès juin 2026, quatre entreprises avaient reçu l’ordre de suspendre certains travaux sur la pierre artificielle en raison de mesures de protection insuffisantes.
Le Royaume-Uni n’a pas interdit le matériau, mais impose et contrôle plus strictement le travail à l’eau, la protection respiratoire, la surveillance médicale et les autres moyens de réduction des poussières.
La situation en France
En France, les travaux exposant aux poussières de silice cristalline alvéolaire sont classés parmi les procédés cancérogènes depuis 2021, mais le quartz de synthèse n’est pas interdit en tant que produit.
Une interdiction nationale serait juridiquement plus complexe dans le cadre du marché unique européen : elle constituerait une réglementation technique susceptible d’entraver la libre circulation des marchandises et devrait notamment être notifiée à la Commission européenne, justifiée par des éléments sanitaires suffisants et soumise à l’examen des autres États membres.
En 2026, trois experts français recommandent d'éviter la pierre artificielle
Dans un article publié par Pierre Actual et intitulé «Pierre artificielle : épidémie mondiale, exception française ? » , Catherine Cavalin, chercheuse au CNRS, Vincent Bonneterre, professeur de médecine du travail, et Alain Lescoat, professeur de médecine interne et d’immunologie clinique, dressent un état des lieux des risques professionnels liés à la pierre artificielle. Ils rappellent que des travaux internationaux documentent des silicoses accélérées chez des travailleurs jeunes ainsi que des maladies auto-immunes graves associées à l’exposition à la silice cristalline.
Leur recommandation est particulièrement claire : « Nous recommandons fortement d’éviter l’usage -à défaut, l’usinage- de la pierre artificielle. »
Ils appellent également à réexaminer la situation française, les activités réelles de transformation de ce matériau pouvant être insuffisamment identifiées par les données actuellement disponibles.
D’autres pays se penchent actuellement sur le sujet.
Pourquoi MDY a arrêté le quartz dès 2013 ?
En 2013, le quartz de synthèse représentait une part importante de notre activité. Renoncer à ce matériau n’était donc ni simple ni commercialement avantageux.
Alertée par les nausées à répétition chez certains de nos marbriers lors du façonnage de plans de cuisine en quartz de synthèse et faute d’obtenir des réponses sur la composition du matériau auprès de notre fournisseur espagnol, MDY a préféré cesser de commercialiser et de façonner ce matériau.
Voici nos démarches résumées en quelques dates clés :
2013 – Arrêt du quartz de synthèse
Suite aux maux de tête et à des malaises de certains salariés les jours où du quartz de synthèse était façonné, par mesure de précaution, nous avons cessé de commercialiser et de façonner ce matériau.
À ce stade, ces observations ne constituaient ni un diagnostic médical ni la démonstration scientifique d’un lien de causalité avec le matériau. Elles conduisaient néanmoins la société à s’interroger sur sa composition et sur les poussières ou substances susceptibles d’être générées pendant son façonnage.
2016, MDY missionne l’IRES pour analyser la composition de plusieurs quartz de synthèse
Faute d’avoir obtenu la composition détaillée des tranches de quartz de synthèse, MDY confie plusieurs échantillons à l’IRES, l’Institut de Recherches et d’Expertises Scientifiques, laboratoire indépendant situé à Strasbourg.
La commande porte sur un premier échantillon analysé en profondeur, puis sur quatre références supplémentaires étudiées pour leurs profils en éléments inorganiques. Le détail des familles de substances recherchées figure plus haut sur cette page, dans la section adressée au consommateur.
2016, les identifications des rapports IRES
Les deux rapports de l’IRES portent les références 160620-01 et 170124-01. Ce sont eux que MDY cite dans ses publications de janvier 2017 et dans son courrier aux pouvoirs publics du 1er février suivant.
Sur l’échantillon principal, le laboratoire dénombre des composés organiques volatils, des aldéhydes et cétones, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des phtalates et plusieurs éléments inorganiques. La liste chiffrée de ces identifications, substance par substance, figure plus haut sur cette page, dans la section consacrée aux rapports IRES.
2016, ce que le laboratoire rapproche de classifications préoccupantes
Dans ses rapports, le laboratoire :
- indique même que les échantillons testés ne pourraient pas, lors de leur élimination, être considérés comme de simples déchets inertes,
- rapproche plusieurs substances identifiées dans l’échantillon de classifications sanitaires préoccupantes, notamment cancérogènes, reprotoxiques ou susceptibles d’effets endocriniens :
- « agent cancérogène pour l’Homme (groupe 1 du CIRC et de l’OMS) : benzène, formaldéhyde, cadmium,
- « Agent probablement cancérogène pour l'Homme » (groupe 2A) : dibenzo(a,h)anthracène, plomb,
- « Agent peut-être cancérogène pour l'Homme» (groupe 2B) : Ethylbenzène, Styrène, Cobalt, Vanadium, Acétaldéhyde…
- Ayant un effet de perturbateur endocrinien : Naphtalène, Toluène, Styrène, Acétone, Di-iso-Nonyl-Phtalate, Di-Méthyl-Phtalate, Benzaldéhyde…
2016, la conclusion du rapport 160620-01
La conclusion du rapport 160620-01 tient en quelques lignes. Le laboratoire y relève un nombre important de substances potentiellement dangereuses pour la santé dans le matériau soumis à l’essai, il note que les COV et les COSV sont susceptibles de contaminer l’air ambiant par simple chauffage et que la teneur en cadmium interdit de considérer le matériau comme un déchet inerte.
Il recommande d’en limiter l’utilisation et de porter des équipements de protection individuels adaptés lors de la manipulation et du travail du matériau, dont la découpe. La conclusion du rapport 170124-01 est quasiment identique.
Cette conclusion est reproduite plus haut sur cette page, entre guillemets et sans troncature ni modification. C’est elle que MDY publie en janvier 2017 et transmet aux pouvoirs publics le 1er février suivant.
2017, MDY publie et alerte les pouvoirs publics
En janvier 2017, MDY publie les résultats des analyses IRES sur son site Internet et sur les réseaux sociaux. Philippe Ledrans intervient également dans différents articles et vidéos et saisit notamment le magazine 60 Millions de consommateurs.
Le 1er février 2017, toujours en se basant sur les analyses scientifiques réalisées par l’IRES, MDY alerte une première fois les pouvoirs publics français en mettant en avant les composants cancérigènes et ceux potentiellement perturbateurs endocriniens contenus dans les quartz de synthèse analysés.
- Courrier de MDY du 1er février 2017 aux pouvoirs publics,
- Réponse du Ministère du travail (alors dirigé par Madame Myriam El Khomri) du 17 février 2017,
- Réponse du Ministère de l’environnement (alors dirigé par Madame Ségolène Royal) du 20 février 2017,
2017, l’Agglomerated Stones Association World-Wide (« l’A.St.A ») assigne MDY en urgence
L’A.St.A World-Wide est une association internationale regroupant les fabricants de pierres agglomérées et ayant notamment pour objet la représentation et la promotion des plans de cuisine en quartz de synthèse.
Le 14 avril 2017, elle assigne MDY en référé devant le tribunal de commerce de Versailles.
L’association estime que les publications de MDY constituent :
- une campagne de dénigrement à l’encontre des fabricants de quartz ;
- un trouble manifestement illicite ;
- et un dommage imminent pour ses membres, les industriels des pierres synthétiques.
Elle demande notamment :
- l’arrêt de toute communication dénigrant le quartz ;
- la suppression des articles, vidéos et publications évoquant les analyses IRES ou la nocivité du matériau ;
- la publication de la décision sur le site de MDY et dans 60 Millions de consommateurs ;
- et, à titre subsidiaire, la désignation d’un expert judiciaire.
10 mai 2017, l'ordonnance de référé et l'appel de MDY
Le 10 mai 2017 : le tribunal donne raison à l’A.St.A et considère que les premières analyses ont été réalisées dans des conditions contestées (MDY ayant envoyé par colis postaux les échantillons au laboratoire et non par voie d’huissier) et ne reproduisent pas l’utilisation normale d’un plan de travail (les premières analyses portent en effet sur la composition du quartz et non sur son vieillissement en tant que « plan de cuisine »).
Le 24 mai 2017, MDY conteste l’ordonnance dans toutes ses dispositions et demande à la cour d’appel :
- de rejeter les demandes de l’A.St.A,
- d’ordonner une expertise portant sur la composition du matériau et sur son éventuelle dangerosité dans les conditions d’utilisation d’un plan de travail.
Décision citée, ordonnance de référé du 10 mai 2017
2018, le Laboratoire National de métrologie et d’Essais (LNE) teste le vieillissement de deux références de quartz de synthèse
Suite à la décision en 1ère instance, MDY confie au Laboratoire National de métrologie et d’Essais deux références de quartz de synthèse afin d’étudier leur comportement dans le temps dans leur forme solide, c’est-à-dire en plan de cuisine.
Les échantillons sont placés sous scellés par un huissier de justice avant leur envoi au laboratoire.
Trois tests de vieillissement accéléré ont été effectués :
- température, 210 °C pendant 24 heures,
- rayonnement ultraviolet, exposition pendant 1 000 heures,
- abrasion, rayures réalisées avec un peigne en acier sous une charge de 3 kg.
Ce que chaque test cherche à reproduire de la vie d’un plan de cuisine est expliqué plus haut sur cette page, dans la section consacrée aux essais du LNE. Les 2 échantillons ont ensuite été placés au contact de différents simulants alimentaires afin de rechercher la migration de plusieurs composants.
2018, les résultats du LNE
Le LNE rend ses résultats sur les deux références placées sous scellés.
Sur la première, après vieillissement par abrasion, la migration mesurée du DBP dépasse la limite de migration spécifique applicable, et celle du DIBP est qualifiée de non négligeable après les trois vieillissements.
Sur la seconde référence, après vieillissement thermique, la migration du DIBP est également jugée non négligeable, sans dépassement de limite applicable, et l’échantillon se décolore.
Les valeurs mesurées, les numéros de rapport et la réserve du laboratoire sur la portée de ces résultats figurent plus haut sur cette page, dans la section consacrée aux essais du LNE. Ces essais sont menés après la décision de première instance.
2018, l’A.St.A World-Wide contre MDY, MDY obtient gain de cause en appel
Le 22 février 2018, la cour d’appel de Versailles infirme l’ordonnance de référé du 10 mai 2017.
Elle estime qu’en raison :
- du droit d’alerte en matière de santé publique ;
- des interrogations persistantes et légitimes sur la nocivité du matériau ;
- et de l’état du débat scientifique ;
le caractère manifestement illicite du dénigrement n’est pas établi avec l’évidence nécessaire dans le cadre d’une procédure de référé.
La cour ordonne parallèlement une expertise judiciaire destinée à rechercher si les plans en quartz de synthèse présentent un danger pour les consommateurs dans des conditions normales d’utilisation.
La provision destinée à financer cette expertise doit être avancée par l’A.St.A.
L’association ne consigne pas la somme demandée et l’expertise judiciaire n’est donc jamais réalisée.
L'arrêt de 2018 relayé, puis le pourvoi de l'A.St.A
Cet arrêt est notamment relayé dans le magazine 60 millions de consommateurs ; et certains marbriers, par précaution, arrêtent à leur tour de façonner et commercialiser du quartz de synthèse comme le relaye Ouest-France dans son article du 27 mars 2018
Le 23 avril, l’A.St.A World-Wide forme un pourvoi en cassation (pourvoi n° J 18-15.651).
Décision citée, arrêt de la cour d’appel de Versailles du 22 février 2018
2019, Cosentino (leader mondial de la fabrication de quartz de synthèse sous la marque Silestone) assigne MDY devant le tribunal de commerce de Paris
Cosentino SA (chiffre d’affaires annuel : 1,6 milliard d’euros) et Cosentino Surfaces France assignent MDY, leur ancien client, devant le tribunal de commerce de Paris.
Ces deux sociétés reprochent notamment à MDY une atteinte à l’image de leurs produits, un trouble commercial et une perte de marge.
Le 22 février 2021, MDY est condamnée :
- à verser 100 000 euros aux sociétés Cosentino au titre de leur préjudice moral ;
- à retirer plusieurs contenus de son site Internet et de ses réseaux sociaux ;
- à verser 15 000 euros au titre des frais de procédure.
MDY fait appel le 5 mars 2021.
Décision citée, jugement du tribunal de commerce de Paris du 22 février 2021
2020, MDY informe le Ministre de la Santé, Monsieur Olivier Véran, des dangers du quartz de synthèse
Dans un courrier daté du 1er septembre 2020, MDY a alerté les pouvoirs publics et la presse sur les dangers du quartz de synthèse.
Cette lettre est restée sans réponse à ce stade.
2020, l’A.St.A World-Wide contre MDY, cassation partielle de l’arrêt de 2018
Dans son arrêt du 4 mars 2020, la Cour de cassation rappelle qu’une entreprise peut alerter sur un sujet d’intérêt général, mais à trois conditions :
- l’information doit concerner un sujet d’intérêt général ;
- elle doit reposer sur une base factuelle suffisante ;
- elle doit être exprimée avec une certaine mesure.
La Cour reconnaît que la santé publique constitue bien un sujet d’intérêt général.
Elle considère toutefois que les rapports de l’IRES (NDLR : qui devaient être complétés par ceux ordonnés par la cour d’appel de Versailles ; mais l’A.St.A n’ayant pas consigné la provision mise à sa charge pour la réalisation des tests scientifiques complémentaires, ils n’ont jamais pu être réalisés) ne constituent pas une base suffisante pour affirmer de manière catégorique que le quartz était dangereux « lors de l’utilisation quotidienne en cuisine ».
L’arrêt de 2018 est ainsi cassé sur ce point et l’affaire est renvoyée devant une autre formation de la cour d’appel de Versailles.
Décision citée, arrêt de la cour de cassation du 4 mars 2020
2021, l’A.St.A World-Wide contre MDY, sans que l’affaire n’ait été jugée sur le fond, l’A.St.A remporte définitivement la première procédure
Sans juger de la dangerosité du matériau, la cour d’appel de Versailles, statuant après la cour de cassation, confirme le 6 mai 2021 l’essentiel de l’ordonnance de référé rendue en 2017.
Cet arrêt devient définitif.
Décision citée, arrêt de la cour d’appel de Versailles du 6 mai 2021
2024, Cosentino contre MDY, arrêt de la cour d’appel de Paris
Le 21 février 2024, la cour d’appel de Paris relève que, compte tenu notamment du rapport de l’Anses publié en 2019, la base factuelle de l’alerte de MDY n’apparaît plus insuffisante. Elle considère néanmoins que plusieurs propos employés par MDY étaient trop péremptoires et qu’ils manquaient de la mesure nécessaire. Elle retient en conséquence des actes de dénigrement et fixe l’indemnisation à 20 000 euros au titre du préjudice commercial et 30 000 euros au titre du préjudice moral.
Le 24 avril 2024, MDY forme un pourvoi en cassation (enregistré sous le numéro) H 24-14.477.
- Arrêt de la cour d’appel de Paris du 21 février 2024
- Mémoire ampliatif
2025, Cosentino contre MDY, rejet du pourvoi de MDY
Le 13 novembre 2025, la chambre commerciale de la Cour de cassation rejette le pourvoi n° 24-14.477 formé par MDY. L'arrêt de la cour d'appel de Paris du 21 février 2024 devient ainsi définitif.
Décision citée, arrêt de rejet de la Cour de cassation du 13 novembre 2025.
Ce que la justice a tranché, et ce qu'elle n'a pas tranché
La justice a tranché :
- Certaines communications anciennes de MDY étaient formulées de manière trop catégorique et préjudiciable aux sociétés du groupe Cosentino.
- Les analyses de composition IRES ne suffisaient pas, à elles seules, à démontrer un danger pour le consommateur dans les conditions normales d’utilisation.
La justice n’a pas tranché :
- Elle n’a pas remis en cause la réalité des risques professionnels -aujourd’hui documentés- liés à l’exposition aux poussières de silice cristalline respirable lors de la fabrication et du façonnage du matériau.
- Elle n’a pas conclu que les migrations constatées par le LNE n’existaient pas.
- Elle n’a pas réalisé l’expertise judiciaire qui devait étudier le danger éventuel dans les conditions normales d’utilisation et ainsi n’a pas pu se prononcer sur le niveau de dangerosité des quartz de synthèse.
Ce que MDY en retient aujourd'hui
Notre communication doit distinguer avec précision :
- le risque professionnel, aujourd’hui largement documenté ;
- la composition des échantillons analysés ;
- la migration constatée sur certaines références après vieillissement ;
- et l’exposition réelle du consommateur dans les conditions normales d’utilisation.
C’est pourquoi nous n’affirmons pas que tous les plans en quartz de synthèse seraient toxiques par leur simple présence dans une cuisine.
Au regard de l'ensemble des éléments
En revanche, au regard :
- des risques graves et largement documentés pour les professionnels exposés aux poussières de silice cristalline respirable ;
- de la présence, dans les échantillons analysés, de substances présentant des classifications sanitaires préoccupantes (certaines étant classées comme cancérigènes, d’autres comme étant potentiellement des perturbateurs endocriniens…);
- des résultats scientifiques révélant la migration de certains composants chimiques du quartz de synthèse vers des simulants alimentaires,
- du recul historique apporté par d’autres risques sanitaires, tels que le plomb ou l’amiante, pour lesquels la connaissance des dangers et les premières mesures de protection ont précédé de plusieurs années, voire de plusieurs décennies, les réelles interdictions :
- l’emploi de la céruse et de certains produits plombifères a ainsi été interdit dans les travaux de peinture en bâtiment à compter de 1949,
- concernant l’amiante, l’asbestose a été reconnue comme maladie professionnelle dès 1945 et des règles spécifiques de protection des travailleurs ont été instaurées en 1977, tandis que l’interdiction complète de l’amiante en France n’est intervenue qu’en 1997,
La recommandation de MDY
MDY maintient le choix effectué dès la fin de l’année 2013 et ne recommande pas l’achat d’un plan de travail de cuisine, d’une table ou d’un plan vasque en quartz de synthèse.
Les pierres artificielles nouvelle génération
Enfin, depuis quelques années, les fabricants développent des pierres artificielles contenant moins de silice cristalline, voire présentées comme n’en contenant pas.
Pour les professionnels qui fabriquent, façonnent et installent les plans de cuisine en quartz de synthèse « nouvelle génération »
Une étude expérimentale publiée en 2025 dans Scientific Reports suggère que cette réduction peut diminuer certains mécanismes toxicologiques liés à la silice cristalline. Les auteurs ne concluent toutefois pas à l’innocuité générale de ces nouvelles formulations : les charges minérales utilisées en remplacement, les résines et les poussières composites qu’elles génèrent nécessitent encore des évaluations toxicologiques complémentaires.
Nouvelle génération, la question de la composition demeure
Pour le consommateur qui a un plan de cuisine, une table ou un plan vasque en quartz de synthèse « nouvelle génération »
Leur teneur en quartz est réduite mais leur formulation contient toujours de très nombreuses résines polyester et/ou acryliques et, selon la formulation du fabricant, des pigments, additifs techniques, agents anti-UV, retardateur de jaunissement, agents antistatiques, agents rhéologiques, catalyseurs, biocides et durcisseurs. Ainsi, la problématique de la composition du matériau demeure.